Originaire d’Algérie, Jean-Pierre T. arrive à Céret au milieu des années soixante dix, âgé d’une vingtaine d’années. Il travaille d’abord en tant qu’artiste et mène une vie
libre et alternative. A la naissance de son premier fils, en 1992, il achète dans le hameau de Can Borreil la quatrième partie d’un vieux mas datant du XVIIème siècle.
Au fil du temps, Jean Pierre T. découvre, à travers les dires de ses voisins, l’histoire
de ce hameau fondé par la famille Borreil. Il s’agissait à l’époque d’une seule et unique propriété, faisant office de relais de poste et située au bord d’un ancien chemin muletier montant abruptement jusqu’en Espagne. Cette propriété paysanne offrait repos et nourriture aux hommes et aux bêtes qui transitaient de part et d’autre de la montagne. Elle abrite toujours une cache secrète localisée
entre un faux plafond et un plancher. La rumeur locale dit que diverses marchandises
venant d’Espagne y étaient entreposées, à l’époque où le traité des Pyrénées fut signé et la frontière, bien qu’encore floue, délimitée.
Jean-Pierre T. n’a jamais pu vérifier la fonction exacte de cette cachette dont l’histoire s’est transmise de famille en famille. Elle fait aujourd’hui partie du folklore local et
continue d’entretenir
l’imaginaire propres aux zones frontalières, érigeant la montagne en mythe, terre d’insoumission et haut lieu de la contrebande.