Sarah a grandi avec ses deux frères dans le hameau de Super-Las-Illas. Pour des raisons géographiques et par soucis de bien-être pour leurs enfants, les
parents de Sarah ont décidé de les scolariser de l’autre coté de la frontière dans le petit village Catalan de la Vajol. Constituée d’une seule classe de dix élèves,
cette école primaire et maternelle se trouvait par ailleurs sous la menace de fermeture si de
nouveaux élèves ne s’y inscrivaient pas. Une raison supplémentaire qui a convaincu définitivement la famille de faire ce choix étonnant, qui fut vécu très naturellement par les enfants.
Chaque jour et cela pendant six ans, Sarah a emprunté matin et soir la piste sinueuse et rudimentaire qui mène au col de Manrella.
Ces allers-retours faisaient parti de son quotidien. Pour elle, il n’était pas question de frontière à franchir mais simplement d’une route à suivre, d’une prolongation de son environnement et de son lieu de vie. Vivre au pied de la frontière n’a donc jamais été pour Sarah synonyme de fermeture et de barrière. Bien au contraire, c’était une véritable richesse qui lui a permis de se forger une identité multiple à travers l’apprentissage et la découverte d’une autre culture et d’une autre langue.
Elle garde un souvenir précieux de cette époque dont elle parle avec joie,
consciente de la singularité de l’expérience qu’elle a vécu : celle de la bilocation où s’additionne la famille en France à l’école et aux amis en Espagne.