Concepción à 4 ans lorsque la guerre d’Espagne éclate. Elle vit alors à Figueres avec ses deux parents. Violemment bombardée par l’aviation allemande et italienne, la ville est partiellement détruite. Blessé et dans l’incapacité de combattre, le père de Concepción quitte la ville avec femme et enfant pour se réfugier chez les grand-parents qui à l’époque vivaient dans le petit village de Lladó, situé à une quinzaine de kilomètres. Suite à la chute du front de Catalogne et la prise de Barcelone, la famille décide de fuir vers la France dans la nuit du 3 Février 1939. Leur destin rejoint alors celui de milliers d’autres réfugiés qui empruntent cette même année les chemins de la Retirada. Concepción évoque avec douleur cette marche nocturne de plus de dix heures, bravant la neige et le vent pour arriver jusqu’au col de Coustouges et enfin traverser la frontière. Elle se rappelle de l’accueil brutal des français, de tous ces déplacements incessants du sud au centre de la France dans des camps de réfugiés insalubres. Elle se souvient de cette terrible peur qui l’envahit lorsqu’elle fut séparée de son père, qu’elle ne retrouvera qu’un an plus tard en 1940. Pour Concepción, la frontière pyrénéenne est le rappel d’un épisode tragique de l’histoire franco-espagnole qui a boulversé toute son enfance: la cicatrice d’une plaie longtemps gardée taboue qui peine à guérir, malgré le temps qui passe.